Hermann GÖHLER --- « Portrait de femme »

Analyse iconographique
- On pourrait dire que, s'agissant d'un portrait, l'artiste s'affranchit de quelques règles du genre, avec un personnage qui ne se livre qu'avec réticence au regard du spectateur.
- Les barreaux créent neuf intervalles qui induisent une partition par tiers : le premier tiers donne le buste de la femme, le deuxième se place sur un barreau. La médiane horizontale place le dossier du banc. Le bras est sur la diagonale comme la fuyante du banc. La canne donne un léger effet de profondeur contredit par le traitement en aplats et les badigeons du fond.
- La jeune femme assume une position biaise dont l'inconfort se renforce d'un net pivotement du tronc et de la tête, comme pour se défendre contre l'étroitesse de l'espace qui lui est imparti, entre le premier plan et le rigide dossier du banc. Bien pis, la canne qu'elle tient à deux mains devant elle semble borner l'étendue de son autonomie spatiale à une étroite parcelle triangulaire qui l'enclôt et la met peut-être aussi hors d'atteinte.
- La femme tourne la tête, refuse la confrontation, barre le passage de sa canne, et reste immobile, enfermée par les barreaux du banc. Attitude décidée, droite, affirmée, accessoires masculins (canne, canotier, tenue blanche et noire sans bijou, buste plat sans poitrine, lieu public) : tout ceci s’oppose à la finesse du corps et au profil féminin du personnage. Cette femme, un peu androgyne, est murée dans une froide sévérité.
Avec ambiguïté, cette jeune femme dérobe à la vue les traits les plus facilement identifiables du visage - l'oeil, en particulier, est masqué par la masse des cheveux. Ne demeure qu'un profil fin, épuré, à l'image d'un corps dont la minceur juvénile, durement cambrée par le probable corset, ajoute de la fragilité à cette figure énigmatique. Son attitude évoque la décence, la dignité d'un maintien aussi moral que corporel.