Quoi en penser ? Peu enclin à approfondir une simple tentation naturaliste, de Curzon traite cette petite scène de genre comme la version populaire et laïque d’une Vierge à l’Enfant.
A travers le prisme d’une facture académique, cette pauvresse des rues n’est pas sans évoquer quelque Madone italienne, à laquelle elle emprunte l’ovale classique du visage, la finesse des traits et jusqu’à cet incarnat subtilement touché d’olivâtre ou le léger bistre des paupières.
De Curzon sacrifie néanmoins à la vraisemblance de son sujet en dotant son personnage d’une robe élimée, décolorée par l’usage et d’un modeste mouchoir de tête qui n’a pour avantage que d’éviter à cette femme de paraître « en cheveux ».
Comme fréquemment chez l’artiste, le traitement de l’enfant apparaît sensiblement moins abouti que celui de la mère. Il représente avant tout le symbole de cette maternité, qui élève une femme vers sa plus noble mission. Les mains fermement resserrées sur le petit corps se portent garante de la protection maternelle, de cet indéfectible courage des mères envers leur progéniture – riche gisement pour l’inspiration des peintres.