André BROUILLET --- « Portrait de Madame H.G.T.
ou Une parisienne en 1893 »

Analyse iconographique
- La main droite est sur la diagonale, la gauche frôle la médiane verticale qui place aussi le visage. La partie supérieure du tableau souligne le visage en doublant le cadre grâce au paravent. Une fuyante à droite de la tête et l’oblique d’une raie de lumière à gauche amènent le regard sur le portrait. Dans ce cadrage en plan américain, l’oblique de l’accoudoir place le personnage de ¾ et donne dynamisme, naturel et volume.
- Installé en position biaise, le personnage est en outre animé de l’appui pris sur le bras gauche, comme si elle se penchait subtilement vers le spectateur. Cette proximité suggérée achève d’orienter ce portrait vers une dimension intime, corroborée par l’expression souriante du visage.
- Cette femme est en robe de souper, sa tenue et les bijoux nous renseignent sur le niveau social du personnage. La jeune bourgeoise esquisse un sourire, nous regarde et se penche de façon naturelle vers notre droite. Elle est chez elle, entourée d’objets personnels (petits portraits). Aucune note masculine dans ce portrait, néanmoins Mme HGT est bien ici en représentation de son rang social.
- Finement dessinée, la physionomie n’est cependant pas « flattée » par l’artiste : les traits sans grande finesse (visage rond, paupières un peu tombantes) contrastent avec la très grande recherche de la mise comme du décor, sophistiqué et extrêmement féminin, qui lui sert d’écrin.
Quoi en penser ? L’identité du modèle, élégamment masquée sous l’anonymat des initiales, est attribuée à Henriette, épouse du journaliste Gaston Thomson, et elle-même réputée influente dans la sphère littéraire et politique de son temps. Très proche de la propre épouse du peintre, le couple Thomson incarne ce milieu fortuné dont la fréquentation a assuré à Brouillet une carrière de portraitiste mondain.
Ici pourtant, et malgré l’évident raffinement qui préside à la composition, l’artiste privilégie une approche plus familière qu’officielle, sans doute en raison de l’amicale relation entretenue avec son modèle.
Plus qu’au charme et à la beauté de la mythique Parisienne, cette ambassadrice distinguée d’un art de vivre et de séduire, il semble qu’André Brouillet ait souhaité rendre hommage à l’une de ces égéries de salon, actives et cultivées, animant de leur personnalité la vie mondaine de la capitale.