André BROUILLET --- « Intimité : l'heure du thé fumant et des livres fermés »

Analyse iconographique
- La composition lie les personnages entre eux par un jeu de gestes, de regards ou de simple vis-à-vis qui créent visuellement de multiples "combinaisons" de groupe. On trouve de nombreuses lignes de construction dans ce tableau, toutes sont là pour créer un ordre hiérarchique des personnes. La médiane verticale place le lustre et la petite fille qui est le personnage dont chaque membre de la famille semble se préoccuper. Cette ligne sépare aussi le couple des autres personnes néanmoins l’enfant s’immisce un peu vers l’espace de la mère.
- La médiane horizontale sépare les personnes adultes de l’enfant. Le bord avant de la table et la frise de la tapisserie au fond de la pièce divisent en trois zones horizontales de même largeur, la surface du tableau. Cette division correspond aux trois plans du tableau (1er plan, 2ème plan, arrière plan) et place aussi les personnages.
- Le point de fuite ou plutôt une zone de fuite, se situe à droite de la main du père : ce détail le signale comme le personnage dominant, même s’il reste dans l’ombre, il surveille tout de même la scène. D’autres détails donnent de l’importance au personnage masculin : tous les adultes regardent l’enfant dont l’oblique du buste est dirigée vers le père, de même, la poupée que tient la petite fille, est elle aussi, par son oblique, dirigée vers le père.
- Le rabat de la largeur sur la longueur de tableau donne à droite, la verticale de la grand-mère, à gauche la verticale de la mère : ces deux personnages encadrent la fillette. Elles l’encadrent dans l’espace mais aussi dans le temps : devant la maman, derrière la grand-mère. Le motif du geste protecteur étendu par la jeune femme en direction de ll'enfant, est reproduit assez fidèlement par la fillette elle-même envers sa poupée, créant une sorte de rime analogique empreinte de douceur et d' harmonie.
- Enfin le cadrage photographique, ici un plan d’ensemble, nous permet de rentrer dans la scène grâce au personnage de dos, sans perturber la douceur de l’instant.
- L'espace est resserré sur les personnages, eux-mêmes assez près du fond de la pièce. L'absence de toute échappée latérale ou d'effet perspectif renforce l'immédiate impression d'intérieur douillet, de refuge protecteur. L'oeuvre se structure par ces échanges variés, ces liens circulant d'une personne à une autre. En revanche, il n'y a pas d'échange avec le spectateur, peut-être pour préserver l'intimité familiale.
Quoi en penser ? On ressent la volonté de recréer fidèlement l' atmosphère paisible d'une après-midi d'automne ou d'hiver, à l'heure où le thé rassemble sous la lampe les membres de la maisonnée. L'artiste s'est plu à se mettre en scène, en compagnie de son épouse, de sa fille adoptive et d'une parente probablement. La quiétude, la sécurité d'une famille unie, aisée, est traduite par l' immobilité ou les gestes contenus, le visage au repos, le sommeil pour l'enfant, un air de lassitude sereine chez la femme âgée, la paupière baissée sur une paix intérieure pour l'épouse. L'attitude de l'artsiste est un peu plus affectée, moins bien accordée à la convivialité d'une intime scène de famille. Sa désinvolture de parent en visite rappelle implicitement son statut d'homme circulant sans difficulté entre le logis familial et la vie extérieure ; tandis que que les trois âges de la femme, symboliquement incarnés dans le strois personnages, semblent davantage assignés aux murs domestiques.