Louis GAUFFIER --- « Ulysse et Nausicaa »

Analyse iconographique
- Le tableau s’inscrit dans le courant néoclassique qui caractérise la fin du 18ème siècle et les premières décennies du 19ème. Il se traduit par une primauté du dessin sur la couleur, un amour de la ligne dont on perçoit toute l’étendue dans le rendu de la végétation ou dans celui des drapés directement inspirés par la statuaire antique.
- La composition elle-même se réfère à l’art des bas-reliefs, avec des personnages disposés en frise, pour un approfondissement de l’espace assez réduit.
- La médiane horizontale donne la ligne d’horizon, la médiane verticale place Nausicaa dont le visage est sur une des diagonales.
Les rabats de la largeur sur la longueur du tableau placent à gauche les mains d’Ulysse et le bord de la fontaine, et à droite, la limite du groupe de droite. Le point de fuite est au-dessus des mains d’Ulysse. Ces mains tendues mettent en scène le dialogue entre les deux protagonistes, à savoir Ulysse et Nausicaa.
- La fontaine propose une approche graduelle vers la princesse, et cette dernière est mise en évidence par un dais rouge-brun au-dessus de sa tête.
Selon l’histoire :
1. Ulysse arrive.
2. Les servantes reculent : le placement des pieds sur le chemin en est la preuve. Par ces personnages féminins, l’artiste propose une sorte de décomposition du mouvement de fuite.
3. A l’arrière-plan, des servantes tiennent les rênes de l’attelage. Ces rênes, qui passent justement par les mains d’Ulysse, montrent déjà l’accord à venir et donc l’issue du dialogue, puisque Ulysse partira avec Nausicaa.
- Les femmes sont habillées avec des tuniques grecques et s’opposent à Ulysse, le seul homme du groupe. Il est nu car il vient d’échouer sur l’île. Les accessoires (pots, sandales, vêtements, boules, char) situent l’époque. La princesse est signalée par sa parure brodée et sa couronne de fleurs. La ceinture de feuilles de chêne d’Ulysse symbolise la force. Ici, la femme principale, Nausicaa, incarne une héroïne de la mythologie d’où sa place centrale dans le tableau et dans le groupe.
- La recherche sur l’expressivité touche aussi bien Ulysse, surgissant bras tendus en quête d’aide, que Nausicaa et ses suivantes, la première occupant avec grâce l’axe médian de la composition, les secondes s’enfuyant dans une démonstration assez théâtralisée de leur crainte.
Quoi en penser ? Très fidèle à la trame narrative du texte ancien, le tableau s’autorise malgré tout une lecture du thème plus ancrée dans l’esprit néoclassique, qui prône un art mieux fait pour édifier que pour séduire.
Vénus pudique, la princesse Nausicaa incarne des valeurs de vertu, de pudeur et de dignité féminines, qui baisse modestement le regard devant l’irruption masculine, mais maîtrise suffisamment ses passions – contrairement à ses suivantes effrayée – pour opposer un front serein à la situation extraordinaire qui se présente à elle.