E. JOUY --- « Portrait de Madame Louis Auger, née Numes y Texeira »

Analyse iconographique
- La posture de profil est, à l'évidence, adoptée pour mettre en valeur l'extraordinaire décor brodé de la cape ou pelisse, mais s'avère assez peu flatteuse pour le personnage, fondu et comme absorbé par l'ampleur du vêtement qui lui prête une aparence presque bossue.
- Seul le mouvement des mains permet de briser l'ordonnance assez monolithique d'une silhouette trapézoïdale.
- Elle est basée sur les formes courbes qui ornent tout le personnage. Des lignes s’enchaînent formant un zig-zag ascendant :
- l’axe de l’avant bras
- puis le col en fourrure
- puis le chapeau
Le tout est centré sur la médiane verticale.
- Cette femme ôte ou met ses gants, elle est d’un niveau social plutôt élevé, si on en juge par sa tenue. L’artiste a voulu rendre le caractère de cette femme souriante, au regard vif. Ce n’est pas une jeune femme : on voit des rides naissantes sur ses joues et autour des yeux. On perçoit bien le volume du personnage car elle est debout de trois quart et les plis du manteau rendent bien la masse de ce corps qui se cache.
Quoi en penser ? Le modèle apparaît singulièrement domestiqué par la complexité de sa toilette : la cape l'absorbe, le boa lui constitue une oppressante collerette, les gants enserrent ses mains, la couronne florale et le toupet de plumes emprisonnent sa chevelure ; la spontanéité ne semble pas compatible avec l'ordonnance de cette toilette d'apparat. On a beaucoup reproché aux portraitistes de faire de leurs modèles de simples mannequins, dont les toilettes semblaient parfois constituer le véritable sujet d'intérêt pour l'artiste. Ici pourtant, la chaude tonalité du visage, son expression amusée creusant la joue d'une amorce de fossette, exonère le peintre d'une intention trop réductrice. Il est exact que la société bourgeoise du 19ème siècle a confié aux femmes le soin d'exhiber les richesses maritales et se faire les enseignes statutaires de leurs époux. Mais le peintre joue la carte de l'expressivité, avec une femme qui semble moins dupe que divertie par le rôle à tenir - à moins que son motif de contentement ne soit simplement lié à la somptuosité vestimentaire qui la pare.